Dans la langue des bibliothécaires [...] « éclaircir » les livres dans les rayonnages se dit... désherber.
Comme si, grâce à des astuces de vocabulaire, on pouvait échapper à la culpabilité. Pour les bibliothécaires, ils vous le confient volontiers, désherber, c'est atroce. Pensez que dans le passé certains de leurs confrères ont envoyé aux orties Proust, Joyce ou Céline. Que dire d'eux s'ils jettent sur le compost les Céline du futur ? Les Bourdieu de la prochaine décennie ? Le bibliothécaire est paralysé par la peur. Du ridicule, de l'opprobe.
Quand j'arrache des jeunes plants sans défense, je suis aussi angoissée que le bibliothécaire éliminant des livres des rayonnages. Je me pose la même question que lui : pourquoi éliminer ceci plutôt que cela ? Dans la bibliothèque, il n'y a aucune réponse, en dehors de l'intuition de celui qui « éclaircit ».
Dominique Louise Pélegrin in « Stratégies de la framboise : aventures potagères », Autrement (Passions complices), 2003, p. 49
La Bibliothèque départementale désherbe également ses collections, malgré toutes les souffrances que cela peut occasionner... Le résultat du désherbage connaît plusieurs destinées :